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L’informatique dans les nuages, une prophétie auto-réalisatrice

Par Kadda SAHNINE

Publié le | août 27, 2009 |

cloud_computing.jpgIl y a sept mois, nous évoquions la montée en puissance du cloud computing comme nouveau paradigme d’infrastructure et d’hébergement applicatif, à l’unisson de plusieurs sociétés et cabinets de conseil informatique. Mais une voix discordante – et pas des moindres puisqu’il s’agit de Larry Ellison, patron d’Oracle – raille le concept en n’y percevant qu’un nouvel effet de mode dopé aux fragances du marketing, et dont le secteur informatique est désormais coutumier.
Il est tentant d’acquiescer, mais force est de constater que la dynamique en faveur de ce modèle est déjà bien engagée, malgré la polémique suscitée par la divulgation de documents confidentiels de l’entreprise Twitter, suite au piratage du site éponyme (les documents en question étaient gérés via la suite bureautique en ligne Google Apps).

Une conversion imminente

La société Gartner est le parangon des cabinets de prospective technologique. Bien qu’indépendante, elle est aux avant-postes de la promotion du cloud computing chez tous les acteurs de l’informatique, et la grande crédibilité dont elle jouit, confère à ses recommandations une valeur prédictive, à la manière des prophéties auto-réalisatrices.
Si l’on en croit le célèbre cabinet, l’ensemble de l’industrie des Technologies de l’Information se sera massivement convertie au cloud computing à très brève échéance, d’ici 2 à 5 ans.
Selon Eric Knipp, analyste chez Gartner, l’avènement du cloud computing sous la forme APaaS (Application Platform as a Service) a toutes les caractéristiques d’une innovation disruptive, c’est à dire susceptible de bouleverser les ordres dominants, dans ses dimensions techniques, économiques et organisationnelles :

  • technique : bouleversement du métier d’hébergeur, nouvelle approche du développement d’applications web
  • économique et sociales : forte baisse des dépenses IT liée au changement du modèle de facturation (facturation à la consommation réelle), disparition de certains acteurs, apparition de nouveaux entrants
  • organisationnel : redéfinition des métiers et des partages de responsabilité en particulier au sein des Maitrises d’œuvre

Un marché en voie de maturation

Sans surprise, Google (Google AppEngine), Microsoft (Azure), Amazon (EC2), Salesforce (force.com platform) et d’autres cherchent à s’imposer sur ce marché émergent en promouvant leur propre solution, prélude à un standard de fait.
Conscient des problèmes posés par la réversibilité et l’interopérabilité, l’OGF (Open Grid Forum) a vocation à définir des standards ouverts afin de lever ces risques pour les entreprises utilisatrices.
Plus intéressant, le rachat de SpringSource par VMWare, acteur majeur de la virtualisation, valide d’une part le cloud computing comme futur paradigme d’infrastructure et confirme le déclin de la virtualisation matérielle. En effet, les possibilités d’ajustement de la puissance de traitement à la demande permise par les clouds discrédite l’usage de data centers sur-dimensionnés et à l’activité CPU atonique. Dans la dynamique de ce rachat, SpringSource a annoncé l’acquisition de Cloud Foundry, l’intégrateur de la pile Apache/Tomcat/MySQL sur Amazon EC2, donnant naissance à un cloud alternatif de type JPaaS (Java Platform as a Service) non dénué d’atouts face au Google AppEngine Java dans le sens où ce dernier est plus intrusif (cf. Google App Engine SDK) et public.

La place du Logiciel Libre

A l’instar du web 2.0, l’informatique dans les nuages serait un concept vaporeux sans le Logiciel Libre. Ce dernier constitue même une sorte de bras armé de Google, lequel sait merveilleusement l’exploiter à son profit. Quelques observateurs avisés (ou paranoïaques) ont vu dans le modèle SaaS une menace pour le Logiciel Libre car le passage du paradigme logiciel au paradigme service n’impose pas la publication d’un code source ou le respect de standards autres que les protocoles réseau. Fort heureusement, des initiatives intéressantes existent au sein de la communauté Open Source, ce qui laisse entrevoir la possibilité de construire des clouds mixtes (publics/privés) ou totalement privés et donc indépendants des grands acteurs du secteur encore naissant. Voici quelques projets parmi les plus significatifs :

  • eucalyptus permet de construire et d’administrer un nuage privé, compatible avec les APIs EC2 d’Amazon. La société Canonical - le sponsor du très populaire système d’exploitation libre Ubuntu - intégrera eucalyptus dans les prochaines distributions. Cette annonce est importante car elle ouvre la voie à une démocratisation d’une solution de type IaaS (Infrastructure as a Service).
  • appscale est un portage open source de Google AppEngine
  • Hadoop, fortement encouragé par Yahoo!, est un ensemble de projets open source coordonnés par l’Apache Software Foundation, dont la vocation est d’implémenter un environnement d’exécution distribué. Il ne s’agit pas d’un projet d’infrastructure, mais d’une solution permettant de distribuer un traitement impliquant un énorme volume de données. Nous pensons que Hadoop peut révolutionner les architectures des datawarehouses, actuellement peu agiles et onéreuses, si ce n’est parfois peu performantes.

Conclusion

De nombreux commentateurs, à l’instar de Louis Naugès, usent de la métaphore météorologique en annonçant un imminent tsunami SaaS/Cloud. Les réalités opérationnelles nous invitent à être moins enthousiastes, sinon moins péremptoires, car les freins à l’adoption, nombreux, ne sont pas seulement d’ordre technologique. Les nécessaires adaptations organisationnelles et les blocages psychologiques pèsent lourds dans la prise de décision, tout particulièrement dans le cas du marché français. Le parallèle avec la conversion – réelle mais tardive, progressive et non exclusive – des entreprises utilisatrices à l’externalisation near/off shore donne un éclairage qui pourrait être utile à la réflexion des météorologues de l’Informatique…
Toutefois, il ne fait aucun doute que ce nouveau paradigme d’infrastructure s’imposera et marquera le paysage informatique pour les 10 années à venir. Il n’est d’ailleurs pas impossible que la conversion s’opère sous le sceau de l’informatique durable (ne riez pas !), le green IT faisant en effet partie des 10 tendances technologiques édictées par le cabinet… Gartner, l’oracle de notre temps !

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Comments

2 Responses to “L’informatique dans les nuages, une prophétie auto-réalisatrice”

  1. L’inexorable migration du tiers présentation : Inovia Blog
    janvier 9th, 2010 @ 17:37

    […] Pourquoi un tel engouement pour ce type d’architecture aujourd’hui ? Probablement parce qu’il est totalement adapté aux architectures REST et est le plus compatible avec un backend organisé en nuage (cloud computing). […]

  2. Le libre et le cloud computing « Martinepaulet’s Weblog
    juin 8th, 2010 @ 11:41

    […] Par ailleurs, les places de marché du cloud sont assez rares, pas encore suffisamment précises, mais la fameuse concurrence pourrait accélérer et mieux positionner le cloud computing. À suivre de près… […]

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